

Le Vajrayana et la perception de l’autre
La peur de l’autre est à l'origine de tous les préjugés. Du point de vue du dérangement dualiste, rien n'est plus « autre » ou différent que l'état non duel.
Du point de vue de la non-dualité donc, nous nourrissons des préjugés envers notre propre état naturel.
Le Vajrayana est fondé sur l'identification avec « l'altérité du vide ». Cette altérité – cet « autre » – ne fait pas peur à ceux qui pratiquent selon le principe de transformation du Vajrayana.
Les pratiquants tantriques développent l'orgueil vajra. Un orgueil qui, parce qu'il est basé dans le vide, permet de revêtir d’infinies formes « autres ». Une autre couleur ; forme ; genre ; ou comportement. Le vide permet de conjuguer « l’autre » à l’infini.
Chaque variante du « vajra-autre » est une glorieuse manifestation de la non-dualité qui scintille à travers l’apparence de chaque permutation humaine.
La peur de l’autre est à l'origine des préjugés, des idées préconçues, du racisme et de la discrimination. Du point de vue de la dualité - rien n’est aussi « autre » que la non-dualité. Du point de vue de la non-dualité, notre « discrimination envers l’état naturel » est le simple résultat de notre dérangement dualiste.
Dans l’état duel, l’état non-duel devient étranger – et, par conséquent, menaçant. De là naît un antagonisme à l’autre, et une opposition à toutes les formes qu’il revêt. De cet antagonisme primitif naît tous types de préjugés : discrimination raciale ; chauvinisme ; homophobie ; sectarisme ; fanatisme religieux ; conservatisme obtus ; intolérance ; insularité ; fanatisme ; xénophobie ; et étroitesse d'esprit.
Dans ce champ auto-créé de la confusion dualiste « ce qui est naturel » semble en réalité contre nature. Quelque soit notre façon de percevoir les phénomènes, il existe systématiquement un préjugé. Et, en définitive, le préjugé est toujours « vide de ses causes ».
Le préjudice nait de la peur de l'altérité. Et bien que toutes celles et ceux de bonne volonté cherchent à les éliminer – les préjugés persistent. Ils persistent et persisteront tant que les êtres resteront dans l'ignorance de l'état non duel.
Dans le Sutrayana on pratique pour « tous les êtres vivants », et donc les bouddhistes de toutes les traditions cultivent la bienveillance qu’on ressentirait envers sa propre mère.
Cette vision, qui permet de renoncer à nos préjugés envers les êtres, est bien comprise. Elle existe d’ailleurs sous des formes légèrement différentes dans toutes les religions. Ce qui est moins bien connu (en ce qui concerne les préjugés) est le point de vue du Vajrayana.
Le Vajrayana part du principe que la dualité est un préjugé contre la non-dualité. A ce titre, d’infinies formes de préjugés sont possibles ; tout comme les formes qui obscurcissent la non-dualité sont infinies.
La phase tantrique du Vajrayana utilise la dimension du symbolisme - parce qu’en tant qu'êtres dualisés nous sommes des symboles de nous-mêmes. Dans l’état duel nous ne nous sentons pas « réels », et, par conséquent, ce que nous ressentons de nous-mêmes est systématiquement symbolique de ce que nous sommes réellement.
Dans la condition duelle nous ne sommes que des symboles de notre nature éveillée – mais nous rayonnons tout de même l’énergie de la non-dualité. Les êtres peuvent donc exister dans un état de distorsion dualiste – mais cette distorsion n’est qu’une distorsion de la non-dualité. C’est en cela qu’il est possible d’utiliser l'énergie de la dualité pour transformer « ce que nous semblons être » en « ce que nous sommes réellement ».
Les puissantes méthodologies du Vajrayana permettent d’effectuer cette transformation à travers la forme vide du yidam. Il est donc possible, du point de vue des pratiques visionnaires du Vajrayana, de transformer tous nos préjugés contre l’autre.
Dans le Vajrayana il existe deux styles dans lesquels le yidam est pratiqué : l’apparition externe et l’apparition spontanée - le kyé-rim et le dzog-rim.
Ces deux phases sont également appelées phase de développement et phase d'achèvement. Le kyé-rim est la phase de visualisation dans laquelle le yidam apparaît à l'extérieur. Le dzog-rim est la phase d'achèvement au cours de laquelle les pratiquants apparaissent eux-mêmes en tant que yidam. Ces deux styles de visualisation sont le cœur de notre appréciation sans borne de l'autre.
Pour aborder « l’étrangeté » de la non-dualité, il est nécessaire d’examiner l’identité individuelle par le prisme de la vision pure. La vision pure nécessite l'entrée dans le monde symbolique de la forme vide, monde dans lequel les pratiquants perçoivent ou deviennent le yidam.
Pour effectuer une telle transformation, il ne doit y avoir aucun obstacle à la dévotion envers la forme visualisée. La forme du yidam n'est autre que le Lama dont la transmission a été reçue.
Le yidam donc - quel que soit sa couleur, son sexe ou son apparence - ne peut jamais être séparé de la dévotion au Lama.
Le yidam est un symbole anthropomorphique de la non-dualité, et au travers duquel la condition dualiste peut se dissoudre en une reconnaissance lumineuse de la non-dualité.
Le but de ce symbolisme est de transformer les symboles de notre conditionnement dérangé dualistes en symboles non-duels des yidams - et le kyil’khor ou environnement non-duel du yidam.
Les yidams peuvent prendre des formes infinies car il existe d’infinis modes de distorsions de la non-dualité. Cependant, ces innombrables formes sont regroupées en trois classes : paisibles, joyeux et courroucés.
Chaque classe est associée à une des tendances de distraction dualiste : l'indifférence, l'attraction et l'aversion.
Chaque corpulence humaine est associée à ces trois classes : les formes paisibles sont minces ; les formes joyeuses sont voluptueuses ; et les formes courroucées sont puissamment obèses.
Les pratiquants du Vajrayana reçoivent en général des transmissions de pouvoir des trois classes de yidam, et, à ce titre, il est vital qu’ils aient une appréciation réelle de chaque forme - quelle que soit sa couleur, son sexe, sa corpulence ou son mode d’apparence.
Parce que la forme du yidam doit être source de dévotion dans le Vajrayana, le pratiquant ne peut entretenir de considérations esthétiques négatives.
Si vous pratiquez un yidam – il doit être vu avec vision pure. Si le yidam est considéré peu attrayant, désagréable, grossier ou hideux - comment peut-on approcher un tel être dans l’idée de réaliser la non-dualité ?
Pour pratiquer l'auto-émergence du yidam et en faire l’expérience non-duelle les pratiquants doivent revêtir la forme du yidam et développer un « orgueil vajra ». Si le yidam est considéré peu attrayant, désagréable, grossier ou hideux - comment les qualités de l'espace non-duel peuvent-elles apparaître ?
Seng-gé Dongma est une Dakini à tête de lion avec d’énormes seins qui pendent. Comment peut-elle être visualisée comme yidam si l’on trouve sa forme repoussante dans notre vie de tous les jours ? Sans la capacité à apprécier le pouvoir et la glorieuse sensualité d’une telle femme dans notre vie de tous les jours, comment aborder Seng-gé Dongma avec vision pure?
Dorje Tröllö est la manifestation du chaos de la sagesse de Guru Rinpoché. Obèse, son énorme ventre flasque tombe, et son visage est déformé par un rictus hideux. Comment le visualiser comme yidam si des apparences similaires dans le monde de tous les jours sont source de répulsion ?
Si les pratiquants ont une corpulence similaire à celle des yidams courroucés et qu’ils détestent leur propre apparence - comment peuvent-ils avoir une dévotion pour de tels yidams?
Si des pratiquants doivent apparaitre sous la forme de yidams féminins comment peuvent-ils entretenir des préjugés contre les femmes ?
Si des pratiquantes doivent apparaitre sous la forme de yidams masculins comment peuvent-elles entretenir des préjugés contre les hommes ?
Si des pratiquants doivent apparaitre sous la forme de Tröma Nakmo comment peuvent-ils entretenir des préjugés contre ceux dont la couleur de peau est identique à celle de Tröma Nakmo - la Mère courroucée noire ?
Si des pratiquants doivent apparaitre sous la forme de Yeshé Tsogyel comment peuvent-ils entretenir des préjugés contre ceux dont la couleur de peau est identique à celle de Yeshé Tsogyel ?
Comment des pratiquants peuvent-ils apparaître sous la forme d’une des Seng-gé Dongmas s’ils dénigrent la couleur des Seng-gé Dongmas et leurs formes jaunes, blanches, rouges, vertes et bleues ?
Il n'y a qu'une seule réponse à ces questions. On ne peut pas être un pratiquant du Vajrayana si l’on nourrit des préjugés contre un style de manifestation humaine.
Les yidams peuvent paraître beaux de façon conventionnelle ou laids de façon conventionnelle. Ils peuvent sembler jeunes ou vieux, bien formés ou difformes. Les yidams peuvent même manifester un handicap – être borgne et n’avoir qu’un seul sein comme Mamo Ékajati. Les formes sont innombrables. Et dans la mesure où des gTermas continuent d’en révéler de nouvelles, ces formes sont en réalité sans limites.
Parce que chaque être est un symbole de la non-dualité chaque forme humaine est fondamentalement sacrée dans la vision pure du Vajrayana.
Bien que les gens préfèrent en général ce qui les attire il est indispensable d’embrasser une vision large. Il est indispensable de développer une appréciation vaste pour l’apparence des femmes et des hommes qui ornent ce monde.
Chacun peut bien entendu accepter les limites de son style d’appréciation – il n’est pas nécessaire d'écraser l'individualité. Mais en tant que pratiquants du Vajrayana, ils doivent reconnaître l’impérieuse nécessité d’emmener la vision pure qu’ils ont du yidam dans le nirmanakaya - la sphère de manifestation réalisée.
La pratique doit nous permettre de nous ouvrir à la réalité du monde de tous les jours comme nirmanakaya - en termes de kyil’khor (centre et périphérie / mandala) du yidam. Les gens qui nous entourent dans notre kyil’khor sont tous essentiellement des yidams. Tout le monde est un Bouddha potentiel - et leurs formes sont des formes qui symbolisent les bouddhas.
Manifester la fierté vajra c’est reconnaître que la forme de son yidam est une forme sacrée. Par extension, les formes de tous les êtres sont donc également sacrées.
Bien que nous ayons des personnalités et des goûts individuels, il est impossible - en tant que pratiquants du Vajrayana - de choisir des yidams qui correspondent à nos préférences. De même, il est impossible d’accepter de voir le yidam avec vision pure dans le seul contexte de la pratique, tout en méprisant les formes qui lui ressemblent dans la vie de tous les jours. Cela trahirait les damtsig (vœux) établis avec le Lama.
Les pratiquants doivent apparaitre sous la forme le yidam et célébrer chaque manifestation de l'apparition de leur yidam dans le monde. Toute vision doit être considérée comme le kyil’khor du yidam ; chaque son le mantra. Les pratiquants ne peuvent pas se réfugier dans des abstractions : garder le yidam dans un compartiment et les préjugés dans un autre.
C’est bien la fierté Vajra qui empêche, pour les pratiquants du Vajrayana, toute forme de préjugé.
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